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Bert_Williams_blackface_2Après m’être m’absentée 2 jours dans les Laurentides pour participer à une retraite pour femmes entrepreneures, j’étais surprise de constater à quel point la question du blackface avait fait boule de neige. Loin de vouloir contribuer au débat d’un Québec raciste ou pas, en tant que conseillère d’orientation issue de la minorité visible je me questionne sur la perspective carriérologique de cette question.

Ce qui me chicotte réellement est la déclaration de Louis Morissette affirmant avoir dû embaucher un Noir afin d’éviter une controverse! Mais, pourquoi utiliser la technique de la blackface alors qu’il aurait été plus simple d’engager un comédien Noir? Et bien, Robert Aird fournit un élément de la réponse; les comédiens Noirs sont sous-représentés donc difficiles à trouver et à embaucher. Pourquoi cela ne m’étonne pas?…Et, que dire des comédiennes Noires! Leur situation est encore plus critique.

Dans les faits, la question de la diversité culturelle sur la scène artistique québécoise ne date pas d’hier! Je me souviens lorsque j’étais au cégep à quel point j’étais excitée de regarder la série Jasmine! C’était la seule protagoniste ¨noire¨ (alors que Linda Malo est mulâtre) d’une série télévisée québécoise à laquelle je pouvais m’identifier. C’était en 1996 et il y avait très peu de vedettes noirs à la télévision! En 2009, 13 ans plus tard, un sondage de Léger Marketing sur la représentation des minorités culturelles dans les médias concluaient encore que les minorités visibles s’estimaient sous-représentés et la présidente du Conseil des relations culturelles abondaient en ce sens. Comme quoi que les médias prennent du temps à s’adapter à la nouvelle réalité culturelle québécoise. Pourtant, la Belle Province reçoit plus de 40 000 immigrants à chaque année depuis 2004!

À vrai dire, dans ce débat de la blackface, jamais il n’a été fait mention des obstacles auxquels les comédiens Noirs font face dans leur intégration socioprofessionnelle. Réalisons que cette technique de la blackface réduit les possibilités pour un comédien Noir d’exercer un métier pour lequel il a été formé, qui lui plait et de démontrer que l’intégration professionnelle des minorités visibles est chose possible dans le domaine des arts et de la culture au Québec.

La faible représentativité des minorités visibles dans les médias demeure une réalité sociale – troublante certes – qui a une incidence sur développement de carrière des comédiens Noirs. Bien des raisons peuvent expliquer cette faible représentativité: peu choisissent de faire carrière dans ce milieu, les comédiens Noirs sont rarement pressentis pour des premiers rôles et l’identité Noire, véhiculés par des rôles stéréotypés dans les médias, est souvent négative. Sérieusement, quel adolescent noir aurait envie de devenir comédien en regardant à la télévision le genre de rôles susceptibles de lui être proposés. Est-ce là l’identité social que les médias on a lui proposé? C’est que l’identité est au cœur du choix de carrière. Par exemple, moi, j’ai passé une partie de mon adolescence, période charnière de la formation de l’identité soi dit en passant, à regarder le sitcom américain The Cosby Show qui véhiculait une image forte et positive de la culture noire en général. C’était l’un des rares programmes de télévision auquel je pouvais m’identifier et qui se rapprochait de ma réalité: le sujet abordait la vie d’une famille Noire New Yorkaise…Bon, j’avais de la parenté à New York, donc cela faisait l’affaire.

Pour ma part, la controverse entourant l’usage de la technique de la blackface au Québec m’envoie le message que la société québécoise peine encore à accueillir la diversité culturelle en son sein artistique. J’apprécie que Fayolle Jean personnifie le Docteur Laramée dans la série Pour Sarah ou que Miriam Verger campe une avocate le temps d’un épisode dans Unité 9 en plus de jouer Béthiane dans Yamaska certes. En attendant que des premiers rôles soient offerts à des comédiens issus des minorités visibles comme dans Hairspray et Rock’n Nonne de Madame Filiatrault, je pense que la route demeure encore longue pour une plus grande intégration professionnelle des Noirs dans le milieu artistique et culturel d’un Québec qui se dit et qui se veut interculturel.

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